mardi 17 novembre 2015

CAMOCAS

Holly:  Mes très chers papillons d'amour!
Je vous présente un projet qui me tient à cœur
que je vais confronter aux regards d'éditeurs
très prochainement.
C'est un conte pour ADULTE/ADO.
 (Oui. Parce que c'est encore mignon, mais la suite le sera moins.)
Voilà donc les deux premiers chapitres ainsi que des testes de couvertures

N'hésitez vraiment pas à nous faire des petits retours, nous dire si vous avez aimés... ou pas. Bien que ce ne soit que le début.
 

Texte: Anna
Illustrations: Holly 



le conte de
CAMOCAS


Chapitre I


        La femme d'un marchand de tissus, dont la réputation n'était plus à faire du Dauphiné jusqu’aux côtes méditerranéennes, mit au monde une petite fille.
Aimant le travail bien fait, le bienheureux couple n’en finissait plus d'énumérer toutes les merveilles qui composaient le visage de leur enfant : deux petits péridots au fond des yeux, la peau aussi douce que les plus belles étoffes d'Orient, et trônant fièrement sur son crâne de porcelaine, une toison plus noire encore que la laine des moutons d'Ouessant.
Leur fille était d'une divine beauté.
Il fut évident qu'elle porterait le nom de Camocas, un tissu fabriqué en terre sainte, brodé de fils d'or, et dont son père l'avait habilement emmailloter.

Mais ce bonheur fut de courte durée. La femme du marchand mourut quelque temps plus tard, emportée par la tuberculose.
Dévasté par la perte de son épouse, le marchand de tissus délaissa ses affaires, s’enlisa dans une tristesse sans fond et confia Camocas à une nourrice.




Une nuit, le malheureux fit un rêve : Ayant ruiné sa petite entreprise, il devait se résoudre à vendre sa propre fille à une riche marquise. Cette dernière avait l'intention de s'en faire un manteau ...

Ce fut la première et dernière fois que le marchand abandonna son enfant.

Après cela, il se dévoua corps et âme à sa fille, s'employa à ce qu'elle jouisse de la meilleure éducation possible, et tint à ce qu’elle ne manque jamais de rien.
Il exigea d'elle qu'elle sache lire et écrire à six ans, qu'elle sache compter et coudre parfaitement à huit ans et qu'arrivée à l'âge de dix ans, son regard puisse briller de la même vivacité que celui de sa défunte mère.
Et elle ne déçut pas ses attentes.
A quatorze ans, après avoir parcouru les Pyrénées avec son père pour y dénicher les plus belles laines de la région, la jeune fille s'était découverte une passion surprenante pour la botanique.
A seize ans, la jeune femme confectionnait elle même ses robes et y brodait de magnifiques fleurs ; elle se promenait dans la forêt, en quête de plantes à ajouter à ses herbiers.
Camocas et le marchand de tissus vivaient d'une tranquille solitude qui les enchantait chaque jour un peu plus.

Alors que l'on conseillait au marchand de marier sa fille adorée au plus vite, il rechignait à l'emmener en ville.
Il boudait les bals et refusait même à Camocas la compagnie d'autres jeunes femmes, évitant ainsi qu'elles ne fassent fleurir dans son esprit l’idée d'un mariage avec un jeune homme médiocre. Or à ses yeux, ils l’étaient tous.
A chaque sortie hebdomadaire, tous les regards se tournaient inévitablement sur Camocas. La jeune femme, au bras de son père, prétextait souvent de foudroyants maux de tête afin de rentrer au plus tôt et d'éviter les œillades des gentilshommes.

Espérant apercevoir la belle Camocas, des admirateurs se présentaient toutes les semaines à la porte du marchand. Ce dernier, ravi de les décevoir, ripostait :
”Vous me voyez dans l’embarras, je n’ai hélas plus de camocas. S’en procurer est devenu bien difficile de nos jours. Ma foi, Je suis sûr que ces étoffes d’Astrakan, ainsi que ces belles fourrures de renards, pourraient d'autant vous convenir.”
Le marchand n’avait pas fini de vanter ses superbes mousselines de soie d’or de Mossoul, ses incroyables damasquines aux motifs tissés venues de Perse et ses précieux camelots au poil de chameau d’Asie Mineure, que les bougres étaient déjà loin. Le vieil homme se félicitait d'avoir une enfant qui consacrait ses journées à ses passions plutôt qu'à celles effrénées de ses soupirants.

Ainsi, l'arrivée d'un riche Duc sur les terres voisines n'intéressa nullement la jeune femme. Quant à son père, il ne voyait en cette nouvelle que la possibilité de faire fructifier ses affaires.

Le Duc était un homme peu courtois. Il ne venait jamais en ville, ne répondait présent à aucune invitation au bal et ne franchissait pas les frontières de son domaine, si tant est qu’il y fut vraiment.
On aurait pu douter de l’existence même du Duc si ses domestiques ne s’affairaient pas chaque jour en ville à faire ses courses.
Les commérages des jeunes filles du village allaient bon train. Elles venaient souvent trouver Camocas pour l'informer des dernières rumeurs qui circulaient au sujet du Duc. Elles espéreraient un bout d'étoffe ou une broderie en échange de ces extraordinaires banalités.

Le Duc n'aiguisa la curiosité de Camocas qu'au bout d'un mois.
Elle apprit, contre un morceau de violet, qu'il avait fait construire une serre au cœur de la forêt, devenue sa propriété. On prétendait que les oiseaux les plus rares du monde et des plantes des plus exotiques s'y trouvaient, ramenés de nombreux voyages au Moyen-Orient.

Camocas était lasse de la flore des environs, elle ne la connaissait que trop bien.
Elle rêvait de visiter la serre, d'en découvrir les richesses dépaysantes, et partit se promener au Duché en espérant tomber dessus par un heureux hasard quelque peu forcé.
La jeune femme œuvrait pour satisfaire la demande toujours plus pressante en toilettes, voileries et autres frivolités des jeunes filles du village depuis l'arrivée du Duc. Chacune de ses journées de travail s’achevait par une longue flânerie dans la forêt du seigneur.
Elle profitait de cette promenade quotidienne pour cueillir quelques fleurs, plus pour servir de prétexte à sa présence opportune - si le Duc la trouvait - que dans l'intérêt de la botanique. Encore fallait-il que le Duc finisse par bien vouloir se montrer, or le risque paraissait bien faible.
Au bout d’une semaine, Camocas connaissait par cœur le chemin menant au saule pleureur qui surplombait l’étang. A l’ombre du feuillage du vieil arbre, elle dessinait le paysage, songeant à une future robe sur laquelle elle projetait de broder de longs roseaux et de petits nénuphars.
Ennuyée par l’étang, elle s’enfonça davantage dans la forêt pour y découvrir un magnifique parterre de clathre rouge. Elle s’inspira de leurs formes, faisant penser à des lanternes trouées, et de leur couleur corail. Elle agrémenterait la robe des splendides brocarts de soie bordés que son père lui avait rapporté d’un voyage en Italie.
Lassée par ces champignons, la jeune femme s’enfonça toujours plus loin dans la forêt en espérant enfin apercevoir la serre.
Le soleil disparaissait doucement derrière l’horizon quand Camocas aperçut soudainement, caché dans un sombre sous-bois, l’objet de son désir : la serre. Elle combattit la tentation de pénétrer l'édifice mais se promit de revenir dès le lendemain pour mieux l'explorer. Elle rebroussa chemin, nourrit d'une ardeur nouvelle.





Chapitre II
   
Il plut trois jours et trois nuits.
Malgré les conseils avisés de son père, Camocas, impatiente, s'en fut dans la forêt lors d’une courte accalmie. Elle dépassa le vieux saule pleureur, sauta par dessus les clathres rouges et s’engouffra dans le sous-bois.
Comme l’avait prédit le marchand de tissus, la tempête revint plus vite qu'un cheval au galop. Essayant de se frayer un chemin dans le chaos, Camocas se retrouva devant la porte de la serre.

Par miracle, elle n’était pas verrouillée. Et lorsque la jeune femme eut finit d’essorer ses cheveux, retrousser son jupon et glisser ses souliers dans son panier de fleur, elle s’aventura plus en avant.
En dépit de la sombre agitation extérieure qui conférait au lieu un aspect lugubre, Camocas s'émerveillait de ce qu’elle voyait.

 
Au centre d’un pavement de marbre, s’élevait une fontaine d’albâtre que l’on devinait aisément venir d’Orient. Elle était entourée de fleurs sublimes et diverses plantes aromatiques alors qu'une végétation exotique veinait les parois en verre de la bâtisse.
Ci et là étaient suspendues des cages d’or et d'argent dans lesquelles chantaient de nombreux oiseaux.
Alors que Camocas se perdait dans sa contemplation, une voix gronda :

“Que fais-tu ici mon enfant, ne sais donc tu pas que tu te trouves dans la serre d’un grand Duc ?”
L’imposante voix pétrifia la jeune femme qui cherchait son interlocuteur du regard sans parvenir à le trouver. Le Duc était décidément un homme très singulier. La jeune femme se demandait s’il avait une silhouette disgracieuse, un corps difforme ou encore un vilain furoncle sur le nez qui expliquerait sa manière peu aimable de s’adresser à elle sans même se montrer.
Mais il en fallait plus pour intimider Camocas. Pour toute réponse, elle raconta une douce fable au Duc, espérant ainsi apaiser son courroux.
Elle cueillait des fleurs pour garnir la tombe de sa défunte mère lorsqu’elle fut surprise par la pluie. Découvrant cette serre par un heureux hasard, elle ne put résister à l’envie de s’y réchauffer un instant. Camocas présenta ses excuses et implora le brave Duc de lui permettre de rester ici jusqu'à ce que la tempête ait cessée. Apparemment charmé par la jeune femme, le maître des lieux l’invita à cueillir dans son jardin une fleur qui égayerait le bouquet tombal.
Par pudeur, Camocas voulut décliner la délicate attention du Duc mais, devant l’insistance de ce dernier, elle se résolut à l'accepter. Son choix se porta sur une magnifique orchidée dont les pétales violets tombaient nonchalamment au dessus d' une cage dorée.
Alors que Camocas s'apprêtait à cueillir la fleur, un des deux oiseaux occupant la cage près d’elle vint chatouiller ses oreilles de sa voix à peine audible.

“Que fais tu donc malheureuse, si tu arraches ne serait-ce qu’une fleur, le maître le saura ! L’oiseau qui se joue de toi menacera de te dénoncer si tu ne le délivres pas de sa cage. Mais nous ne pouvons t’en dire davantage. Si les autres oiseaux apprennent notre trahison, nous serons mis à l’écart pour de bon. L’eau de la fontaine nous a offert le don de parole, nous voudrions pouvoir encore en profiter.”
Le plus petit, plus rusé, murmura à son tour au creux de l’oreille de la jeune femme.
“Point besoin de trahir celui qui abuse de ta candeur.
Sache, mon enfant, que son égo l’a déjà fait tout à l’heure.”

Comme si Camocas eut rêvé cet instant, ses étranges sauveurs se remirent à chanter tel que le feraient des oiseaux ordinaires. La jeune femme, convaincue de n'être atteinte ni de folies passagères, ni d'une fièvre soudaine, se mit en quête du vilain volatile qui osait se faire passer pour le Duc.
Camocas renonça à cueillir la fleur. Elle avoua au mystérieux Duc -où plutôt son imposteur- faussement honteuse, que sa mère aurait sûrement préféré le doux chant d’un oiseau à la vision d'une orchidée fanant funestement sur son lit de pierre. La mort l'ayant fauchée dans la fleur de l'âge, cela l'attristerait.
Le Duc fallacieux, surpris, lui proposa de choisir parmi ses oiseaux celui qui mériterait le privilège de chanter pour sa défunte mère.
Camocas se promena dans la serre et s'arrêta devant une cage. Elle semblait satisfaite de son choix :

“Celui-ci rappellerait à ma mère les montagnes où elle a passé sa tendre enfance.
- Ce durbec des sapins aurait pu être un choix judicieux si son chant n'était pas aussi froid qu'un rude hivers. Je ne saurais vous le conseiller.
- Et celui là ?
- Ma chère enfant, vous avez un sens aigu pour ce qui est de choisir les plus beaux oiseaux, mais laissez moi vous avouer que cet évêque de Brisson n’est plus tout jeune, il gazouille à peine maintenant.
- Alors le chant de ce simple rossignol saura convenir à ma douce mère.
- Cette triste créature ne chante plus que la nuit. Au lever du soleil, votre mère serait bien triste de devoir attendre la prochaine balade en même temps que la lune.”
Camocas se trouva finalement en face de la cage d’un hibou, un Grand Duc, le faux Duc, le véritable coupable.
Elle continua son chemin sans même jeter un coup d’œil à l’intérieur de la cage.
Ce bel hibou ne vous plairait-il pas ?” demanda le perfide Grand Duc.

Son plumage m'est déplaisant. Quant à son chant, il n’est bon qu’à faire fuir les musaraignes
- Je vous trouve bien effrontée de croire que je suis comme tous les autres oiseaux. Je vaux bien un durbec, deux évêques de Brisson et trois rossignols !” s'énerva le Grand Duc qui, dans sa rage, oubliait son imposture.
Camocas affronta le regard supérieur du hibou :
“Qu’avez vous de plus que les autres à part le mensonge au bout du bec ? Pour un Grand Duc, vous vous abaissez à de sournois stratagèmes. ”
La tempête avait cessé, il était temps pour la jeune femme de partir.
Le Grand Duc pria Camocas de bien vouloir lui pardonner son comportement misérable. De grosses larmes roulèrent le long des plumes du piteux hibou. Il était un seigneur de la forêt au même titre que le loup et le cerf. Enfermé dans cette cage, trop exiguë pour qu'il y déploie ses ailes, il ne savait même plus ce qui faisait de lui un oiseau. Prise de remords et bouleversée par la sincère agonie du grand Duc, Camocas ouvrit la cage et rendit la liberté au malheureux.


... 

Les testes/ recherches de couvertures:




 
 Les Illustrations sont au crayon de couleurs. J'aimerais en rajouter quelques-unes dans ces deux chapitres. Mais bon ça, nous verrons bien...
Nous remercions chaudement Élodie Dacruz, Archibald et Nicho , pour les corrections et l'aide sur l'écriture du texte

Pour vous mes petites gaufres: Amour, chocolats et Camocas.

BISOU

HOLLY & ANNA


1 commentaire:

  1. J'ADOREEEEEEEEEEEEEEEEE ! La suiiiiiiiiiiiite ! J'ai été complètement prise par le conte, et les illustrations qui l'accompagnent sont magnifiques ! J'attenda avec impatience la suite de l'histoire de Camocas !

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